jeudi, décembre 07, 2006

Que faire?


Pour éviter que Sarkozy ne soit président. "Un destin en marche", paraît-il. Et le pire, c'est que ça pourrait être vrai...

Mardi, notre Ministre de l'Intérieur a fait adopter par l'Assemblée Nationale une dixième loi sur la délinquance depuis 2002. Sans discuter des résultats très contestables des 9 premières, on peut au moins s'arrêter, un peu choqué, en lisant que la loi "prévoit des sanctions dès l'âge de 10 ans et de la détention provisoire dès 13 ans".

10 ans, vous voyez ce que c'est ou pas? Vous avez pas un voisin, une petite soeur, un fils ou quelque chose qui ressemble à un môme de 10 ans? Et 13? Ca fait quelle taille un gamin de 13 ans? 1m50?

Et puis surtout, ça signifie quoi de les faire payer pour leur conneries? Que c'est de leur faute? Quel choix on a fait, à 13 ans (à 10!), qui fasse qu'on mérite d'être puni pour ses actes? On est responsables de ses actes à cet âge là? Au point d'être traité comme un adulte? Sur ce dernier point, une ordonnance de 1945 qui fait référence est claire:

L’ordonnance n° 45-174 du 2 février 1945

-L’article premier de ce texte pose le principe selon lequel les mineurs auxquels est imputée une infraction qualifiée de crime ou de délit ne seront pas déférés aux juridictions pénales de droit commun et ne seront justiciables que des tribunaux pour enfants et des cours d’assises des mineurs.
-Si le principe du privilège de juridiction reçoit ainsi une application, le juge des enfants, par dérogation au principe de séparation des fonctions d’instruction et de jugement, dispose des pouvoirs d’instruction, de jugement et de révision des décisions.
-Les mineurs bénéficient d’une présomption générale d’irresponsabilité, celle-ci n’étant susceptible de dérogation qu’à titre exceptionnel pour les mineurs de 13 à 18 ans.
- Pour les mineurs de moins de 13 ans, cette présomption d’irresponsabilité est absolue, la juridiction compétente devant choisir des mesures éducatives sans pouvoir opter pour des sanctions pénales.

-Pour les mineurs de plus de 13 ans, la présomption d’irresponsabilité est simple, la juridiction compétente devant opter pour des mesures éducatives mais pouvant choisir exceptionnellement des sanctions pénales "lorsque les circonstances et la responsabilité du mineur paraîtront l’exiger".
- Cette même ordonnance crée au sein du ministère de la justice, la direction de l’éducation surveillée, détachée de l’administration pénitentiaire.

(voir le très complet dossier "Jeunes et Justice 1945-2005" de Vie Publique)

Et c'est sans compter que la "délinquance juvénile" supposément en hausse ne l'est que selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, et pas selon ceux de la Justice.

Il y a aussi, anecdote qui fait mal, ce Carrefour qui interdit l'entrée aux mineurs. Vous ajoutez la bavure des CRS dont j'ai déjà parlé. Et tant d'autres faits divers, opposés démultipliés des petites histoires que Sarko utilise pour justifier sa politique.

Petites histoires...pour grande crise?

Merci à Loïc d'avoir pris le temps d'écrire un mail sur le sujet, sans lequel cette épisode législatif n'aurait pas attiré mon attention plus que ça... D'ailleurs pourquoi si peu de réactions dans le monde politico-associatif?

mercredi, décembre 06, 2006

Poésie du flocon


La neige, comme la musique, adoucit les moeurs. Alors quand il neige et qu'en plus il y a de la musique...

C'est la fin de la session à Québec. C'est un peu comme une veille de partiels qui dure trois semaines. Nous remplissons des pages et des pages d'études de cas, de théories bizarres et de commentaires pas toujours pertinents. Ca va vite, très vite, les journées sont très courtes (la nuit noire est à 15H30), le compte à rebours s'accélère.

Il y aurait presque de quoi déprimer s'il n'y avait pas la neige. La neige... Après une tempête en fin de semaine dernière, d'une violence qui a même fait parler les Québécois, on alterne les jours de grand soleil et les jours où la neige tombe tout doucement. Comme dans un film. Ou comme au ski. Et franchement, sortir de cours en se croyant au ski (les chasses neige font même le bruit des dameuses à l'ocassion, ça doit être pour le folklore), c'est agréable.

En plus, ma grand-mère m'approvisionne en petites gâteries pour lutter contre le froid et les longues nuits. L'hiver est cosy.

Mephisto de Klaus Mann, m'accompagne dans tout ça. Vous aurez l'occasion d'en entendre parler...

Pour pas perdre le fil, un billet mélancolique sur la mort du supporteur du PSG il y a une quinzaine de jours. Incertain regard...et peu de certitudes.

mardi, décembre 05, 2006

Ségo au Moyen Orient, suite


Pour un premier voyage en tant que candidate socialiste, elle est gâtée, Ségo! D'abord, pour clore le dossier de la polémique sur le représentant du Hezbollah qui aurait comparé l'occupation israélienne à l'occupation nazie, il s'avère que ce qu'a traduit l'interprète à Royal et à l'ambassadeur est : "Nous nous inspirons de toutes les formes de résistance contre les occupants, y compris les méthodes utilisées par la Résistance contre les nazis". Ce n'est donc pas une comparaison stricto sensu, et les Douste Blazy (!), Sarkozy et MAM sont montés un peu vite au créneau.

Par contre, Ségolène a décidé de ne pas rencontrer le Hamas, et qualifie le mouvement de terroriste lors d'une rencontre avec des responsables israéliens. Dommage, sa ligne de conduite selon laquelle il faut "parler avec tous les représentants élus", en vertu de laquelle elle a discuté avec ce député du Hezbollah, était rafraîchissante...

A t'elle cédé à la pression de la droite en France? Peut-être... En tout cas, et on ne peut que s'en réjouir, les israéliens ont accueillis Ségo avec un grand respect. Dans Le Soleil (mon quotidien ici, ça vaut pas Le Monde, mais c'est pas cher...), on rapporte même un lapsus d'Olmert qui aurait dit juste avant la rencontre "je dois rencontrer quelqu'un qui devrait être Président de la France". Le CRIF a applaudi aux déclarations de la candidate, qui sont finalement restées dans la ligne de la politique française.

Espérons que Royal saura continuer à parler du sujet pendant la campagne, et défendra une position juste...et donc originale.

C'est dans l'air (émission du 5 décembre) fait une bonne synthèse de l'affaire, avec quelques flèches pour Sarko.

Photo: Ségolène Royal et Tzipi Livni, ministre des Affaires Etrangères d'Israël.

L'Illusion comique du Groupe 33!

Pour les bordelais, le Groupe 33, éminente troupe de théâtre de notre belle ville, joue L'Illusion Comique de Corneille au Centre Argonne (cours argonne) depuis hier, et ce jusqu'au 12 décembre. Assurément, il faut reserver au 05 56 04 30 78.

Aucun doute, the place to be!

lundi, décembre 04, 2006

Ségo au Moyen Orient


Vous savez que Ségolène Royal est en ce moment au Proche Orient. Elle essaie de se tailler une stature de présidente qui aura à gérer des dossiers internationaux chauds, stature qui lui manque un peu jusqu'ici (voir sa bourde sur l'Iran).

Au Liban, elle a rencontré des représentants d'à peu près toutes les formations politiques, placant sa visite sous le signe de la disccusion avec les réprésentants démocratiquement élus, quels qu'ils soient. Lors d'une rencontre avec des députés libanais, un représentant du Hezbollah a comparé l'occupation israélienne au nazisme. Il semblerait que la traduction dont bénéficiait Ségolène et ses conseillers n'ait pas mentionné cette comparaison, alors que celle qui était destinée aux journalistes en a fait mention. Du coup, scandale: "pourquoi la candidate n'a t'elle pas immediatiement quitté la salle?"

Pour Fillon, il s'agit d'une "faute lourde". D'ailleurs, pour lui, c'était déjà une faute de parler avec le Hezbollah. La droite dans son ensemble a stigmatisé l'attitude de la socialiste, en qualifiant ses idées sur le Proche Orient de "simplistes".

N'étant pas un partisan fervent de Mme Royal, je le dis d'autant plus librement: elle a fait preuve de courage en restant au Liban alors que le pays est dans une situation assez instable, elle a fait preuve d'ouverture en rencontrant des responsables de tous bords, et en plaidant pour la reprise des aides des pays occidentaux à l'Autorité Palestinienne de Gaza, elle marque des points dans mon coeur. Voir elle remonte dans mon estime.

Pour mémoire, Lionel Jospin, quand il était PM, avait très mauvaise presse en Palestine, après avoir fait une sortie peu diplomatique sur le Hezbollah "terroriste" et les frappes israéliennes qui "frappent aussi peu que possibles les populations civiles" en 2000. Du coup, dans les Territoires, on en est réduit à s'entendre dire que Chirac est un dieu (en nette baisse cette année toutefois). Ségo en nouvel espoir français du peuple palestinien?

A noter également cette citation d'un sarkoziste, Christian Estrosi: "Sarkozy est le candidat naturel des électeurs juifs", dans Haaretz. Voir Libé, et Alain Gresh.

samedi, décembre 02, 2006

Petites histoires...pour grande crise? (1)

Je vous invite à aller lire l'histoire de quatre jeunes gens qui ont passé 6 semaines en prison pour rien, à cause des mensonges de quelques CRS, qui ont été démasqués un peu par hasard, grâce à une cassette de vidéosurveillance. Pour une fois que ça sert à quelque chose...

Alliance vs. clash des civilisations

J'ai découvert dans les toutes petites lignes de la presse que le Secrétaire Général de l'ONU, Kofi Annan, appuyé par les PM espagnol et turc MM.Zapatero et Erdogan, avait mis sur pied un "Comité de sages", composé de sommités internationales du monde universitaire, religieux et politiques, et destiné à "combattre les divisions, les préjugés, les incompréhensions entre les cultures, notamment islamiques et occidentales, qui menace de manière potentielle la paix dans le monde".

Ce rapport a été rendu public le 13 novembre dernier, mais personnellement j'ai loupé son traitement dans la presse, s'il y en a eu un.

Si la version française est effrayante (ça fait un peu penser aux traductions automatiques sur internet), et si les premières pages, même en anglais, sont assez dégoulinantes de bonnes intentions et de valeurs ressassées, il y a tout de même des réflexions très intéressantes sur le fossé qui se creuse entre civilisation musulmane et occidentale.

Le conflit israélo-palestinien est abordé, l'Alliance lui reconnaissant une place centrale sinon exlusive dans l'élargissement du fossé. Le rapport contient un certain nombre de recommandations, dont la rédaction d'un Livre Blanc sur le conflit israélo-palestinien, afin de permettre à "deux narrations en compétition" de s'exprimer et d'être audible pour l'Autre.

Très important à mon avis, parce qu'à l'encontre de ce qu'on veut nous faire croire autant sur Israël et Palestine que sur les autres conflits globaux: le rapport ne reconnaît pas à la religion une place centrale dans l'élargissement du fossé civilisationnel. Au contraire, il souligne l'aspect politique des conflits en cours ou latents, la religion ayant parfois un rôle instrumental dans l'opérationnalisation de ces conflits.

L'importance de l'éducation est mise en avant. L'altérité, les médias, la religion, l'Histoire: autant de domaines sensible dans lesquels des programmes globaux pourraient être mis en place pour générer des ponts plutôt que des Murs...

Le rapport fait une quarantaine de pages, une bonne base de réflexion pour les incultes des RI comme moi, peut-être un peu frustrant pour les spécialistes!

En photo, le pont qui relie la partie occidentale et orientale d'Istanbul, où l'Alliance est née en juillet 2005.